Résidences
Août 2026
Résidence de recherche-création : Le Patro Villeray
Invité par Joy Boissière et Fanny Manseau, respectivement consultante technique et coordonnatrice aux locations de l’Auditorium du Patro Villeray, j’ai eu l’opportunité d’investir l’Auditorium du Patro Villeray pendant 5 jours dans le cadre d’une résidence de recherche et de création. Cette résidence s’inscrit dans le développement de mon projet d’exposition solo PixelMorphia : Résonance esthétique de l’erreur, et constitue une étape de recherche consacrée au développement de la série Le cahier des dormantes de Filament Trouvetou.
PixelMorphia : Résonance esthétique de l’erreur explorera les relations entre matière physique et image numérique à travers le collage, la peinture, le glitch, la scénographie et les technologies de diffusion en temps réel. Le projet s’intéresse à l’erreur non pas comme une anomalie à corriger, mais comme une matière esthétique permettant de faire émerger de nouvelles formes, associations et perceptions. Cette approche s’inscrit également dans une démarche de surcyclage : l’ensemble des supports et des toiles utilisés dans la série provient de matériaux récupérés, principalement issus des poubelles montréalaises. Ces surfaces, déjà marquées par leur usage, leur dégradation et leur histoire, deviennent à leur tour une matière de création.
Le geste de récupération constitue ainsi une première transformation de l’objet. Ce qui était destiné à être jeté devient support, puis image. Les traces, déchirures, textures et imperfections présentes sur ces matériaux sont conservées et intégrées au processus de création, créant un dialogue entre les accidents de la matière et les erreurs produites ou manipulées numériquement.
Dans le cadre de cette résidence, j’ai cherché notamment à mettre en scène Le cahier des dormantes de Filament Trouvetou et à expérimenter les possibilités d’une installation immersive. Cette recherche a permi de produire les premiers éléments concrets d’un projet que je souhaite soumettre à l’appel à résidences de recherche-création de la Société des arts technologiques (SAT), avec l’objectif éventuel de transformer la satosphère en espace d’exposition et de poursuivre le développement de PixelMorphia dans cet environnement.
Une partie importante de cette recherche repose sur l’utilisation de caméras de surveillance accessibles en ligne. Ces flux vidéo constituent pour moi des fragments d’identités et de présences abandonnés dans l’espace numérique : des images produites en continu, souvent sans intention artistique, qui deviennent néanmoins accessibles, observables et manipulables. Je m’intéresse à la possibilité de recueillir ces fragments et de les détourner pour en faire une matière réflexive, puis de les confronter à des objets, des peintures, des collages et des éléments scénographiques physiques.
La rencontre entre ces images numériques et les supports récupérés crée un parallèle entre deux formes de résidus : d’un côté, des objets physiques abandonnés dans les rues et les poubelles de Montréal ; de l’autre, des fragments d’images et de présences laissés en circulation dans l’espace numérique. Tous deux deviennent des matières premières que je peux recueillir, transformer et réinscrire dans un nouveau contexte.
La résidence me permet ainsi de commencer à construire concrètement l’installation : mise en place de la scénographie, expérimentation des rapports d’échelle et de spatialisation, estimation des besoins en matériaux et en temps de production, ainsi que recherche sur les différentes configurations possibles. J’amorce également la création d’une régie centrale développée avec TouchDesigner, destinée à contrôler et diffuser les différents flux visuels et sonores en temps réel.
Cette étape permet l'avancée vers le développement des dernières œuvres du Cahier des dormantes de Filament Trouvetou : une œuvre construite autour d’un coffre de voiture, une autre prenant comme support un mur de brique, ainsi qu’une œuvre installée sur un Roomba afin de lui permettre de se déplacer de manière autonome dans l’espace. Cette dernière expérimentation introduit une dimension mobile et imprévisible à la scénographie, qui pourrait être développée à l’aide d’un Raspberry Pi ou d’un ESP32.
Pour la présentation envisagée à la SAT, je souhaite également développer une atmosphère visuelle en temps réel dans le dôme, construite à partir de la rencontre entre la scénographie, les flux de caméras de surveillance et une caméra installée sur le toit de la SAT. Cette dernière permettrait de rediffuser en direct le ciel situé au-dessus de la Satosphère à l’intérieur même de celle-ci.
Ce dispositif crée un jeu de correspondances entre l’extérieur et l’intérieur, le réel et sa représentation, le regard et la surveillance. Le ciel observé depuis le toit devient une image projetée dans l’espace même qui se trouve sous lui, tandis que les flux de surveillance introduisent dans l’installation des fragments d’autres lieux, d’autres espaces et d’autres présences.
Le Patro Villeray est devenu ainsi un premier laboratoire pour PixelMorphia : Résonance esthétique de l’erreur. Ces cinq jours ont permi de passer de la recherche conceptuelle à l’expérimentation spatiale et technique : tester les matériaux, construire les premiers dispositifs, développer la régie et commencer à définir les relations entre peinture, collage, glitch, objets, mouvement et images captées en direct.
Cette résidence a constitué une première étape vers une exposition où l’erreur, le détournement, le surcyclage et la circulation des images deviennent des outils pour brouiller les frontières entre matière et pixel, déchet et œuvre, présence et absence, espace réel et espace numérique.
